Un léger bruit me tire de mon sommeil, et en regardant la fenêtre, laisser entrouverte la veille, j'aperçois la lune, et les arbres mouillés au loin. Je jette un coup d'oeil sur mon réveil. 04.32. Environs une heure de sommeil cette nuit-là. Je me redresse sur mon lit et allume ma lampe de chevet. La lumière d'abord trop forte me force à fermer les yeux pendant quelques secondes. Je me lève, les yeux fermés. Là, un horrible mal de tête me prend. Je commence à trembler, et à sentir des vertiges. Je n'ai d'autres choix que celui de me rassoir, énervé par ce corps trop faible. Lorsque je me relève, je saisis mon mirroir et regarde mon reflet à travers, laissant échapper un soupir.
J'entre dans la baignoire et ouvre le robinet d'eau. Je sens le liquide chaud glisser le long de mon corps. Je reste comme ça, une demie-heure, peut-être un peu plus. Quand je sort, je distingue l'heure dans la pièce d'en face. 05.57. Je cherche parmis mes habits quelque chose de convenable pour cette journée. Je m'habille, me coiffe, et ouvre la porte pour entrer dans ce monde d'hypocrites.
Je parcours les rues encore déserte. Je sens un frisson monter le long de mon dos pour mourrir dans ma nuque, causé par la température de 2°C. Je ferme les yeux et me laisse transporter par le bruit du vent dans les arbres. Certainement le bruit le plus sincère existant. Je ne sais pas ce qu'il va se passer aujourd'hui, mais je marche sans appréhension, parce que je sais que je suis.
J'entre dans ce bâtiment, sans vraiment savoir pourquoi. On dirait un vieux bar. Je m'assois à une chaise, au fond, contre le mur. J'attends. Je ne sais pas quoi, mais j'attends. Il arrive enfin. Je ne sais pas ce que c'est, mais ce n'est pas un être humain. Il s'assoit en face de moi, en me fixant. Et nous restons comme ça une heure, peut-être un peu plus. Il sort un paquet de cigarette, et en tire une qu'il porte à sa bouche. Il pose son paquet sur la table et prend son briquet. Une petite flamme monte et allume la cigarette. Il aspire une longue bouffée, les yeux fermés. Il prend alors le verre, qui était posé là depuis le début. Il pose ses lèvres sur le bord du métal, et bois son contenu. Il se lève alors, et se rapproche de moi. Là, il prend une autre bouffée, aspire, souris, et laisse s'échapper la fumée. Cette dernière prend possession de mon corps, en s'engouffrant dans ma bouche, puis ma gorge.
J'ouvre enfin les yeux. Je regarde autour de moi, mais je ne vois plus les vieux murs suintants, les vielles chaises, le bar miteux et le Jukebox au fond de la salle. Je ne sais pas ce que je vois, mais je le vois. Et à voir ma réaction, ce n'est pas rassurant. Je regarde mes mains. Mon vernis est craquelé. Je sens mon coeur s'accélérait contre ma poitrine. Je regarde la vielle pendule accrochée au mur. 04.32. Je m'assois alors sur le sol humide, prend ma tête dans mes mains, et ferme les yeux. Je sens un liquide passé entre mes doigts, pour terminer sa course à la commissure de mes lèvres. Un léger goût sucré. Je ne sais ce que c'est. Je me dirige alors vers la fenêtre. Une toile d'araignée pend le long du vieux bois. Je saisis la poignée et la tourne. Je tire, et sens un souffle sur mon visage. J'entends ce bruit que j'aime tant : celui du vent dans les arbres. C'est sûr désormais :
Je suis.
Photo : By Robin Diekmann*